Jeudi 20 décembre 2007 4 20 /12 /Déc /2007 11:39

FICHES PERSONNAGES/ CASTING (2 rôles principaux).

 

 

1.

Le personnage 1 :  Vassilliev

 

Vassilliev est un homme, retraité, émigré de la Russie communiste. Il porte bien son âge (environ 70 ans), il est très humain, et son visage a toujours gardé l’innocence d’un enfant, d’un clown charmeur, émouvant.

Ses yeux sont généreux, malicieux.

 
L’acteur pressenti :

 

Jacques HERLIN est un comédien de théâtre et de cinéma international aimant passer d’un univers à un autre, au service de l’auteur et de sa poésie…Il a travaillé pour des grands réalisateurs tels que

Ridley SCOTT, Luc BESSON, Albert DUPONTEL, James IVORY, Luchino VISCONTI, Frederico FELLINI, Elio PIETRI, Luigi COMENCINI…

 

Le personnage 2 :  Catherine

 

Elle à environ 30 ans, elle est  brune, assez grande, un visage assez doux… Mais pourtant, très nerveuse, anxieuse, limite névrosée, un peu écorchée. Elle prête beaucoup d’importance à sa personne et au rang social.

Elle a tendance à envisager les autres,  comme un intérêt personnel ou un obstacle.

C’est une personne qui se sent trop seul mais qui ne veut pas se l’avouer

 

L’actrice :

 

Lipa IPATOVA est une actrice Russe qui après quelques années passées en Lettonie pour travailler comme assistante-réalisatrice et comédienne, est arrivée en France il y a juste un an.

C’est une femme énergique qui élève son fils de huit ans, perfectionne son français, donne des cours de théâtre, joue dans plusieurs courts-métrages, et part prochainement en tournée en suisse pour une nouvelle pièce de théâtre mêlant poèmes russes, et installations vidéos.

 

* Elle jouera également le rôle de Anna jeune (sa mère dans le film) : femme très douce et romantique.

Par vincent Launay-Franceschini - Publié dans : personnages
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Jeudi 20 décembre 2007 4 20 /12 /Déc /2007 11:37

Note d’intention du film « Une île »

 

 

 

 

 

Cette île est d’abord symbolique. Un espace rond, isolé, à l’écart du monde. Une vie à part entière. Une âme qui semble résister et qui est vouée à disparaître.

Cette âme est celle d’un vieux sage, qui a vécu différentes époques, qui a des convictions, et certaines valeurs, et qui peu avoir du recul de part son expérience.

 

Cela me tentait de mettre en parallèle d’un côté cet homme d’un autre temps, qui a été élevé dans la religion, l’amour du prochain et la collectivité ; de l’autre sa fille, pourtant de son sang, mais qui a grandit à une époque si différente, avec la société de consommation, le libéralisme, et  un individualisme poussé à son paroxysme.

 

Même si cette nouvelle époque a bien des avantages (avancée de la science, et des connaissances en général), elle se trouve interpellée par des valeurs qui comme cette petite île semble encore résister, et dont ce vieil homme est le porte parole.

 

Un monde ou plutôt une planète meurt.

 

A travers cette histoire que je veux tendre, humaine, et traitée avec beaucoup de simplicité, je mets en correspondance deux époques, deux personnages, pour poser des questions, et interpeller l’opinion, sur des problèmes contemporains très sérieux, mais qui pour moi résultent tous de la perte d’une valeur : «  le respect et l’amour du prochain ». 

 

Vassilliev, voit sa terre souillée, polluée, son jeune arbre ne peut plus vivre, mais il continue à croire…

 

Cette société prédatrice, égocentrique, où le besoin de son propre profit devient une nécessité presque unique, a tendance à isoler les hommes, et à rompre les liens sociaux (les échanges humains qui ne soient pas intéressés).

Le père voit sa fille incapable d’écouter quelqu’un d’autre qu’elle, et donc incapable de communiquer, et d’aimer. Une grande solitude se dessine sous ses yeux.

 

Le vieux pose en fait trois questions : « Comment pouvez vous vivre avec la nature ? », « Que représente la vie aujourd’hui ? », « Existe-t-il encore une croyance ? ».

 

La fille accompagnée de son enfant vient rendre visite à son père. Une situation simple et ordinaire et pourtant très violente car deux vies presque opposées se rencontrent et s’affrontent, et pourtant ses deux vies on ce lien familial, elles s’aiment. Et elles ne cessent de s’éloigner…

 

Le petit fils du vieil homme quant à lui représente la conscience de cette troisième époque que nous ne connaissons pas encore, qui se construit. Pour Vassilliev, il est peut être l’espoir.

 

Le respect de son prochain et l’écoute, c’est aussi ce qui manque aujourd’hui pour traiter les vieilles personnes avec dignité et cela jusqu’au dernier souffle.

 

La fin de cette histoire est terrible car la fille en voulant aider son père et  en essayant de le convaincre de partir en maison de retraite, veut simplement le couper de la vie, et le faire disparaître.

Vassilliev se sent alors meurtri par sa propre fille.

 

Ce vieil homme qui semblait encore protégé sur sa petite île, est belle et bien victime de l’égoïsme et de l’intolérance de ce monde.

La liberté de vivre et de mourir, même seul sur cette île, ne lui appartient plus.

 

 

Toutes ces intentions contenues dans cette histoire, seront traitées d’une façon sous jacente par une mise en scène, une mise en situation du vieux face aux comportements de sa fille, traité par le contraste, et soulevée par des silences révélateurs.

Et à l’inverse, les monologues et les longs dialogues de Vassilliev, assez explicatifs,  annoncent clairement la couleurs, et ont le courage d’interpeller et  de poser directement les questions de façon frontal au public.

Ces longs dialogues, sont aussi une façon de travailler sur la voix du vieil homme, une voix qui donne du corps, de la profondeur.

Mais également, de camper un personnage qui ne soit pas monochrome : sage, serein, généreux, dans ses silences ; grincheux, cynique, et comique avec l’interprétation des dialogues.

 

Ce film devra être un juste milieu, entre un cinéma méditatif, contemplatif, et un autre cinéma intimiste qui focalise sur les personnages, leurs dialogues, avec tendresse, et légèreté (et un peu d’humour).

 

Il alternera entre plans d’extérieurs large, en scope, montrant des espaces presque vides, des espaces qui se perdent, une nature omniprésente, et des extrêmes gros plans, gros plans,  et plans italiens (plan de taille) et pas plus larges pour les personnages et les intérieurs.

Ses plans seront posés, fixes, avec quelques plans séquences.  

Les protagonistes seront le plus souvent filmés de façon frontale pour une plus grande proximité entre le public et les personnages.

 

Mon parti est en somme classique, il s’agit là d’oublier la camera, la mise en scène, pour privilégier l’identification du spectateur, et la charge émotionnelle contenue.

 

Le fait de passer des plans larges aux gros plans donnera une rythmique soutenue pour que le public ne perde pas l’histoire dans un film qui serait trop lent et trop contemplatif.

 

Je souhaite travailler la lumière pour sacraliser les paysages, les visages, en contraste toujours avec le sujet qui parle d’une société contemporaine qui ne cesse de désacraliser. Et ainsi que la question de la croyance traverse le film tout du long simplement par le traitement de l’image.

 

Je n’ai rien contre l’image numérique, mais pour ce travail de la lumière, j’opterai pour la pellicule, non pas pour sa définition, mais pour ses nuances dans les couleurs et les lumières (et la profondeur de champs).

Le grain m’importe peu, le film pourrait aussi bien être tourné en 35mm ou en 16mm.

Les lumières seront froides, un peu délavés, tout en demi-teintes pour les extérieurs avec des optiques assez dures (Zeiss) et pour les intérieurs également des lumières froides un peu dé saturées avec les mêmes optiques. Seront souvent utilisées, des lumières vaporeuses, comme des légers brouillards, passant par les fenêtres, et des faisceaux de lumières qui couperont légèrement sur un regard, un front…

 

J’aimerais pour finir insister sur le fait que ce film est une satire, sur des problèmes que tout le monde peut concevoir mais en aucun cas un film engagé politiquement. Je ne suis pas entrain dire le libéralisme c’est nul, et le communisme c’est mieux, d’ailleurs Vassilliev a lui-même connu le communisme, et en as été bien déçu. Mais de parler de valeurs fondamentales qui en tout cas semblent avoir bien du mal à subsister dans cette société moderne. J’ai une vision des choses que je veux révéler, mais je préfère poser la question du problème avec sensibilité plutôt que d’y répondre, et  laisser ainsi la réflexion s’installer et continuer chez le public.

Laisser une ouverture !!!

Par vincent Launay-Franceschini - Publié dans : note d'intention
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Jeudi 20 décembre 2007 4 20 /12 /Déc /2007 11:34

 

Date : Le 16 novembre 2007.

 

TITRE DU SCENARIO : Une île

 

Auteur(s) : Vincent LAUNAY-FRANCESCHINI.

 

________________________________________________________________

 

Un homme âgé, Vassilliev, émigré de Russie, vit seul, sur une petite île française.

Son épouse l'a quittée , après avoir emménagée une courte période dans une maison de retraite.

Tous les matins l'homme longe la cote pour ramasser les ordures déposées par la mer.

Vassilliev se sent tranquille sur son bout de terre encore préservé ; à l'abri d'une société qu'il ne comprend plus et qui lui semble égarée.

Lui qui croit encore en la nature, en dieu, et en l'homme...

Mais tous les matins, à chaque marée, cette société déborde sur son île.

 

En cette nouvelle journée, Vassilliev reçoit la visite de sa fille Catherine et de son petit-fils Louis.

Catherine est égocentrique, névrosée, acclimatée à la vie des cités.

Elle vient de divorcer, et croit d'avantage en des ambitions personnelles, qu'en l'amour du prochain.

Le vieil homme est heureux de retrouver sa fille et surtout son petit-fils Louis.

Mais Vassilliev qui a éduqué Catherine avec attention, semble agacé par son comportement  ; elle lui paraît avec le temps comme étrangère.

 

Catherine, persuadée que son père a  besoin d'elle, est venue lui demander de quitter son île, pour partir en maison de retraite.

Par vincent Launay-Franceschini - Publié dans : SYNOPSIS
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Jeudi 20 décembre 2007 4 20 /12 /Déc /2007 10:13

Generique de début/ Une île

On aperçoit au large une petite île....
       
UN HOMME (OFF)
Je me souviens au delà de la cité, de cette agglomération,  une mer plus vraiment bleu qui protégeait, au loin, une petite île. Une âme qui semblait donner son dernier souffle.

1-  Une petite île / Bords de mer. EXT.JOUR.

Un bord de mer plat, étendu, allant du vert pâle au sable gris jusqu'à la mer, battue par les vents.

L'écume se retire sur le sable et entre les galets. Puis elle avance de nouveau apportant avec elle un godemiché en plastique rose.

Une main ridée ramasse l'objet et le met dans un sac parmi d'autres ordures.

2-  La maison de Vassilliev/ cuisine. INT.JOUR.

La main ridée pose le godemiché sur le buffet de la cuisine à côté d'une peinture représentant une icone byzantine.

L'homme doit avoir environ soixante dix ans , il est marqué par le temps,  son visage est celui d'un vieux sage, et ses yeux brillent d'humanité.

Il allume une petite télévision , se sert son repas du soir, et s'assoit face au 20h.

Le journal annonce différentes catastrophes naturelles laissant place aux discours politiques sur le sujet écologique...

L'homme, Vassilliev termine son repas , on entend les annonces publicitaires qui défilent :

"Moi je lave mes cheveux avec Swarkof parce que je le vaux bien. Acheter Swarkof  c'est  avoir une tête qui respire la santé. Alors faites comme moi !".

VASSILLIEV
(un ton enjoué)
Moi je !... Moi je !... Ah, cette culture de l'ego !Swarkof ,  c'est un nom Allemand ? 
Il pourrait être Russe, le couillon ! ? Hypocrite,  c'est du fric  que tu veux ! Si tu étais Russe, tu serais un de ces nouveau riche, décomplexé, arriviste, opportuniste... Un de ces enfants qui ne croie plus en Marx  - Et qui a raison de ne plus y croire !!! -

Il éteint la télévision et débarrasse la table tout en continuant à parler dans sa barbe d'une voix grave et monocorde...

qui ne croie plus en l'homme, qui ne croie plus en dieu. Le monde est devenu un terrain de conquêtes personnelles,  matérielles, absurdes, et de frustrations...

Son regard se tourne en direction de la fenêtre  - Sa voix continue en hors-champs-  on aperçoit un ciel ombrageux, de vertes plaines avec quelques arbustes malmenés par le vent, et un peu plus loin la mer.

L'homme aujourd'hui, parce qu'il a des émotions, et des désirs, pense qu'il a de l'esprit !... Mais sur ce terrain troué,  retourné de part en part, ce vaste terrain de bataille,  il n'est qu'un petit verre, un tube, sensible certes,  qui avale la terre, et la recrache en petit tas, chacun propriétaire de sa part d'ordure. 

 

Et on revient sur Vassilliev, dans la cuisine, qui s'est arrêté devant la photographie d'une enfant posée sur un coin du buffet.

Ma petite chérie,  fais-moi penser à te demander une photo de Louis, demain !

Le regard s'approche de la photographie et soudain un appel d'air, le vent souffle et ouvre brusquement la fenêtre, le regard plonge à l'extérieur....

3-          flash back /  des champs. Ext.jour.

Un coup de tonnerre. Une belle femme  ressemblant à celle de la photo mais avec une coiffure russe d'un autre siècle,  retourne aussitôt son visage vers son enfant. C'est l'averse.

Elle attrape la main de son fils, lui couvre très rapidement la tête  avec son foulard, et ils courent s'abriter à quelques métres sous un grand chêne.

La mère tremper s'assoit à côté de son fils. L'enfant regarde ses cheveux mouillés, les gouttes d'eau qui perlent sur son visage et qui font couler un léger maquillage.

Elle observe plus loin en contrebas un homme qui travaille au champs.

La mere
Regarde ton père, Vassilliev !
Quant on a pas l'argent, il reste la terre ! C'est la nature des choses, Vassilliev,  tu t'occupes de la terre, et elle te remercie... Elle est généreuse. 
Cette pluie, tu penses qu'elle dérange, qu'elle attire les corbeaux dans le ciel, mais mon petit, c'est une bénédiction !... Elle nourrit ta mère !
Il faut se cultiver ensemble,  l'un ne pousse pas sans l'autre.
Il faut cultiver la vie Vassilliev.
Le bonheur est le fruit d'un partage, n'oublie pas cela !

4 -   la cuisine. Int.jour.

 

Une lumière matinale passe par la fenêtre ouverte et inonde la cuisine. Un grand calme.

La théière et une tasse vide sont posées sur la table.

5- Le bord de mer. ext.JOUR.

Le vieil homme longe le bord de mer et ramasse sur le sable les quelques ordures amenées par la mer.

6- le jardin. exT.JOUR.

Vassilliev revient de la plage avec son baluchon plein d'ordures, il franchit le petit muret en granit qui borde le jardin de sa maison, se dirige vers la poubelle et vide le sac.

Puis il disparaît derrière la maison...

6 BIS- le jardin/ le jeune pommier. Ext.jour.

Derrière sa demeure, un jardin clos où poussent quelques plantes et arbustes.

Un petit coin de nature préservé.

 Sur le bord du jardin un jeune arbre sans feuilles semble mort.

Le vieil homme s'assoit à côté du tronc , le regard bas, extatique. Une petite voix d'enfant au loin... Il semble s'éveiller et tendre l'oreille vers la voix.

La voix d'enfant
Vassilliev, Vassilliev, Vassilliev t'es où ?

VASSILLIEV 
Vy davol'ny ! (je suis heureux !)

Il se lève, et amusé, part en sautant comme s'il jouait au jeu de la marelle 

VASSILLIEV
Perlinpinpin, turlututu, soinsoin ...

7-  devant la porte d'entree. EXT.JOUR.

La jeune femme de la photo, sa fille Catherine, et son petit-fils Louis l'attendent devant la porte d'entrée.  Vassilliev arrive précipitamment, le sourire aux lèvres.

VASSILLIEV
J'arrive, j'arrive ma fille !
Alors, comment il va mon petit homme ?

Il s'avance pour aller les embrasser... 

CATHERINE
Tu n'as toujours pas de sonnette ?
Il faut la faire réparer papa, que tu entendes si quelqu'un vient te rendre visite ! Tu devrais avoir une aide à domicile maintenant !

Vassilliev ne répond pas et compatis juste d'un petit hochement de tête.

Il fait un pas pour embrasser sa fille... Le portable de Catherine se met à sonner.

Le vieil homme recule et va prendre Louis dans ses bras.

VASSILLIEV
Alors Mousse le voyage s'est bien passé, la mer n'était pas trop agitée

LOUIS
Non, Grand-père ! J'ai juste étais un peu mouillé parce que une vague est passée par dessus bord. Mais j'ai pas eu peur !

Vassilliev regarde sa fille avec un agacement contenu.

CATHERINE
(en ligne)
Ecoutes on verra ça avec l'avocat !
Tu n'oublies pas de m'envoyer l'argent pour le petit... Tu m'as appeler hier soir ? J'étais avec mes amis du boulot... Ecoutes, non je ne t'ai pas rappelé, je suis occupée ! Pas toi ? Bon tu m'excuseras mais j'ai peu de temps. On se rappelle Patrick ! Et au fait, tu as arrêté tes anxiolytiques, j'espères ?  Moi, ça va, ça va !...J'ai décidé de faire du sport... Bon tu me rappelles demain ! Et, tu n'oublieras pas d'acheter s'il te plaît le Manga pour Louis ?  Le titre ? Eh, tu crois que je me souviens de tout, tu ne l'as pas noté ? Je ne suis pas sur Paris.  Faut que je pense à tout, c'est plus possible... Bon, à plus !

Vassilliev approche de nouveau de sa fille et s'apprête à l'embrasser... Catherine, dans ses pensées, sort nerveusement son paquet de cigarette et s'en allume une.

VASSILLIEV
Bon, tu finis ta cigarette ! Nous, on va se boire un chocolat chaud avec Louis ! 

LOUIS
Avec du chocolat Nestlé 86 % ?

VASSILLIEV
Avec du bon chocolat, mon gars !

Ils entrent et disparaissent à l'intérieur, tandis que Catherine fume nerveusement sa cigarette sur le perron et finit par jeter son mégot à côté du paillasson.

8 - LA CUISINE. INT.JOUR.

Vassilliev boit une tasse de thé et Louis  un chocolat chaud. Catherine entre. Louis lève la tête, le chocolat lui dessine des moustaches.

Elle s'assoit à côté de son fils. Puis fait une grimace quand elle aperçoit le godemiché posé en face, sur le buffet. Elle reste figée, ahurie, un court instant.

Et se tourne brusquement vers Vassilliev.

CATHERINE
(agressive et chuchotant)
Qu'est-ce que c'est que ça ?

VASSILLIEV
C'est un Totem !

CATHERINE
Tu n'as pas honte ? Le petit ...

VASSILLIEV
Il se dresse vers le ciel, avec force et conviction... il représente notre nouveau messie.

CATHERINE
Papa ?

VASSILLIEV
Mais si, je t'assures ! Il porte le message du chacun pour soi, du plaisir coûte que coûte, du plaisir solitaire, du plaisir qui s'achète, que l'on nous vend,  pour mieux nous isoler, nous frustrer cent pour cent. Ah, la grande solitude....

CATHERINE
Mets-le ailleurs, s'il te plaît !
Je ne veux pas savoir d'où ça vient ?

VASSILLIEV
Cela vient de votre monde ! Je l'ai ramassé sur le bord de la plage. Votre monde déborde de saletés , et dépose ses ordures sur mes côtes.
Chaque jour,  je me dis que mon île disparaît.

LOUIS
Maman, j'ai envie d'aller aux toilettes !

Catherine conduit Louis rapidement jusqu'aux toilettes. Et elle revient.

VASSILLIEV
Bon, sinon, comment tu vas ma fille ?

CATHERINE
Ca va ! Ca va ! Je passe mes journées à courir entre mon boulot, l'école, la nourrisse, son père, et l'avocat. 

VASSILLIEV
Je l'aimais bien, moi,  Patrick !

CATHERINE

Moi aussi, je l'aime bien, je l'ai aimé... Mais forcée de constater qu'au bout de deux ans de vie commune, il ne tenait pas la route. Nous avions eu de longues discussions, et pour lui aussi nous notre histoire était trop compliquée. On avait pas les mêmes ambitions...  Aujourd'hui je ne préfère plus m'engager, mais profiter juste de moments volés,  à la rigueur, des aventures...

VASSILLIEV
(pas du tout convaincu)
Hum, hum !...

Il se saisit de l'objet sur le buffet et le temps à Catherine.

CATHERINE
Qu'est-ce que tu fais ?

VASSILLIEV
Je te le donne ! 

Catherine rougit de colère.

VASSILLIEV
Je te le tends pour aller le jeter dans la poubelle, là, juste à côté de toi, sotte !

Louis revient à son tour. 

VASSILLIEV
Louis, je vais arroser les plantes dans le jardin. Tu viens avec moi ? 

LOUIS
Et maman ?

CATHERINE
Non, je vais rester au chaud dans la cuisine !
Mais vas-y mon grand !

LOUIS
D'accord !

Ils sortent da la pièce.

9 -   Le jardin. eXT.JOUR.

Le vent souffle. Le vieil homme courbé pose lourdement son arrosoir trop rempli sur l'herbe à côté de l'arbre mort. Louis est agrippé au grillage et regarde plus loin la mer agitée.

10- la cuisine. InT.JOUR.

Catherine ouvre un des tiroirs du buffet et en sort une boite à chaussure. Elle la pose sur la table et l'ouvre. Des photos de famille y sont soigneusement rangées.

Elle les découvre une à une : Vassilliev jeune, Vassilliev et son épouse Ana,  Catherine enfant, Catherine enceinte, Catherine et Patrick,  la mère de Vassilliev, puis son père. Un paysage de Moscou, un Pic-nic au bord d'un étang.

Et au fond, une enveloppe décacheté avec un timbre russe. Catherine saisie la lettre qui est signée Ana, sa mère. Une lettre d'amour destinée à son père :

"Mon amour,  mon homme,

Depuis que j'ai due quitter Moscou, je ne penses qu'à toi,  je repenses à nos premières rencontres, à nos nuits dans notre petite chambre sans meubles, à nos longues discussions, nos rêves, nos idéologies, et aussi nos violentes disputes... Notre amour difficile mais qui à pu se construire, plein de bonne volonté, et aussi de mon désir de partager avec toi, mon homme,  mes joies, et mes tristesses. Aujourd'hui, seul, je sais que ton corps me manque, qu'il m'habite, et que nous devrions vivre ensemble pour des jours heureux. Si tu le veux bien ?

Je t'aime, tout simplement !  Et je n'ai besoin d'aucune preuve quant à ce sentiment...."

Catherine continue à lire la suite en russe.

"... Signé, ton épouse dévouée,  Ana."

Le visage de Catherine semble ému.

11- Le jardin. Ext jour.

Vassilliev arrose le jeune arbre mort. Louis est assis à côté.

LOUIS
Il va pousser, il aura des feuilles ?

VASSILLIEV
Ce jeune arbre va mal ! Tous les jours je l'arrose. Et tout les jours je lui parle. Certain l'auraient déjà déraciné.
Louis, il faut y croire ! C'est cela le secret mon enfant ! Il faut y croire ! Et je l'espères, demain il ira mieux,  il pourra revivre, et grandir encore.

Le vieil homme arrose l'arbre lentement.

LOUIS
Tu ne vas pas déménager grand-pére ?

VASSILLIEV
Pourquoi me dis-tu cela ?

LOUIS
Maman, m'à dit que tu pensais quitter l'île !

VASSILLIEV
Jamais de la vie, mon petit ! J'y tiens à mon bout de terre...

On entend au loin la voix de Catherine qui les appelle.

CATHERINE
(OFF)
Vous êtes prêt, on va être en retard... On doit y aller !

12- la mer. EXT.JOUR.

La mer s'agite.

13- FLASH BACK / le couloir d'une maison de retraite.

Un couloir blanc, froid, avec des grandes fenêtres  tous le trois métres au long du mur gauche. 

VASSILLIEV
(OFF)
Ana , mon amour ! Je n'aurais pas due accepter... Ils n'avaient pas le droit de te faire ça, de t'emmener sans ton consentement. De t'éloigner de ta maison, de ton jardin, de ta mémoire...

Une vielle femme dans une longue chemise de nuit blanche, légèrement transparente avec la lumière blafarde passant par les fenêtres, avance, le regard fixe, extatique, les bras tendus vers l'avant.

VASSILLIEV
(OFF)
Quand je t'es vue dans ce camp de retraite, tu avais déjà perdu ton identité, tu n'étais plus rien, et je pense, tu attendais la mort, tellement.... La fin de toute façon allait arriver ?  Pourquoi donc ne pas t'avoir laissée vivre jusqu'à la fin ?

ANA
Vassilliev, Vassilliev, la nuit tombe,  apporte moi une bougie....     Je veux rentrer à Moscou.

Ana marche les bras tendus jusqu'au bout du couloir blanc.

14- la plage/ mer agitée. EXT.JOUR.

Louis court sur le sable en criant sa joie. 

LOUIS
Regarde maman, je cours plus vite que la mouette !

15- La Mer agitée. EXT.JOUR.

Vassilliev et Catherine sont hors-champs, ils longent la mer sombre et agitée

CATHERINE
(OFF)
Je vois Louis, je vois !

VASSILLIEV
(off)
Il est infatigable, ce petit !

CATHERINE
(OFF)
Papa, je voudrais engager avec toi une discussion un peu plus sérieuse !

VASSILLIEV
(OFF)
Comment ?  Je ne suis pas sérieux ?

LOUIS
(off, au loin)
Papi, papi, regardes !  Je  suis sur le rocher, là bas !

CATHERINE
Ce n'est pas raisonnable à ton âge de vivre isolé sur cette île. Je me fais du souci pour toi. 

VASSILLIEV
Tu n'as pas à te faire du souci, je vais très bien, je vie très bien mon troisième âge, merci !

CATHERINE
 
Il peut arriver n'importe quoi, personne à proximité ne pourrait te venir en aide, et si ta maladie empirait...

Catherine et Vassilliev rentrent dans le champs, et stoppent leur marche face à la mer.

VASSILLIEV
Tu veux qu'elle empire ? Je te dis que je suis heureux comme ça donc... Si je te manque, tu peux venir me voir d'avantage ma fille !

CATHERINE
Je veux que tu ailles en maison de retraite ! j'ai placée de l'argent pour que tu puisses avoir une place comme les autres vieux, sans te soucier des contraintes financières...

VASSILLIEV
Je te gène ? 

CATHERINE
Je veux que tu sois en sûreté ! Penses à maman, si elle était restée, tu as vue comment sa santé a déclinée, en si peu de temps.

VASSILLIEV
Vous êtes arrivés, la navette va amarrer. 

Catherine et Vassilliev sont de nouveaux en hors-champs, on ne voit plus que la mer.

VASSILLIEV
Pars !!


La mer se retire et laisse derrière elle une écume, et une mousse blanche.

16- La cuisine.  int. soirée

 

Vassilliev est assis sur une chaise, prostré. Il tousse sans interruption. Un temps.

Le vieil homme redresse la tête en direction  de la fenêtre . Une légère lumière scintille dans ses yeux.

17- le couloir de la maison de retraite. int.jour.

Ana en chemise de nuit blanche,transparente, longe le couloir. Son visage et son corps au fur et à mesure se transforme jusqu'à retrouver son vieil âge. Elle tend les bras vers l'avant et continue à avancer.

ANA
Mon enfant,  Catarina ?...
Mon enfant, ne vois tu pas au delà.  Au delà, au delà...

Puis poursuit en russe.

Elle passe devant une des fenêtres qui s'ouvre brusquement, un coup de vent, un flot de lumière...

VASSILLIEV
( voix off qui résonne avec le son de la mer en son ambiant)
Pars !!!

Ana continue à marcher droit devant, les bras tendus, et  soudain Vassilliev apparaît à l'autre bout du couloir, à quelques métres, et la rejoint bras tendu, également habillé de blanc. Leurs corps s'imbriquent l'un à l'autre.

Fin.

Par vincent Launay-Franceschini - Publié dans : SCENARIO
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