Generique de début/ Une île
On aperçoit au large une petite île....
UN HOMME (OFF)
Je me souviens au delà de la cité, de cette agglomération, une
mer plus vraiment bleu qui protégeait, au loin, une petite île. Une âme qui semblait donner son dernier souffle.
1- Une petite île /
Bords de mer. EXT.JOUR.
Un bord de mer plat, étendu, allant du vert pâle au sable gris jusqu'à la
mer, battue par les vents.
L'écume se retire sur le sable et entre les galets. Puis elle avance de
nouveau apportant avec elle un godemiché en plastique rose.
Une main ridée ramasse l'objet et le met dans un sac parmi d'autres ordures.
2- La maison de
Vassilliev/ cuisine. INT.JOUR.
La main ridée pose le godemiché sur le buffet de la cuisine à côté d'une peinture représentant une icone byzantine.
L'homme doit avoir environ soixante dix ans , il est marqué par le temps, son visage est celui d'un vieux sage,
et ses yeux brillent d'humanité.
Il allume une petite télévision , se sert son repas du soir, et s'assoit face au 20h.
Le journal annonce différentes catastrophes naturelles laissant place aux discours politiques sur le sujet écologique...
L'homme, Vassilliev termine son repas , on entend les annonces publicitaires qui défilent :
"Moi je lave mes cheveux avec Swarkof parce que je le vaux bien. Acheter Swarkof c'est avoir une tête qui respire la santé. Alors faites comme moi !".
VASSILLIEV (un ton enjoué)
Moi je !... Moi je !... Ah, cette culture de l'ego !Swarkof , c'est un nom Allemand ?
Il pourrait être Russe, le couillon !
? Hypocrite, c'est du fric que tu veux ! Si tu étais Russe, tu serais un de ces nouveau riche,
décomplexé, arriviste, opportuniste... Un de ces enfants qui ne croie plus en Marx - Et qui a raison de ne plus y croire !!! -
Il éteint la télévision et débarrasse la table tout en continuant à parler dans sa barbe d'une voix grave et monocorde...
qui ne croie plus en l'homme, qui ne croie plus en dieu. Le monde est devenu un terrain de conquêtes personnelles, matérielles, absurdes, et de
frustrations...
Son regard se tourne en direction de la fenêtre - Sa voix continue en hors-champs- on aperçoit un ciel ombrageux, de vertes plaines avec quelques arbustes malmenés par le vent, et un peu plus loin la mer.
L'homme aujourd'hui, parce qu'il a des émotions, et des désirs, pense qu'il a de l'esprit !... Mais
sur ce terrain troué, retourné de part en part, ce vaste terrain de bataille, il n'est qu'un petit verre,
un tube, sensible certes, qui avale la terre, et la recrache en petit tas, chacun propriétaire de sa part d'ordure.
Et on revient sur Vassilliev, dans la cuisine, qui s'est arrêté devant la photographie d'une enfant posée sur un coin du buffet.
Ma petite chérie, fais-moi penser à te demander une photo de Louis, demain !
Le regard s'approche de la photographie et soudain un appel d'air, le vent souffle et ouvre brusquement la fenêtre, le regard plonge à l'extérieur....
3- flash back
/ des champs. Ext.jour.
Un coup de tonnerre. Une belle femme ressemblant à celle de la photo mais avec une coiffure russe d'un autre
siècle, retourne aussitôt son visage vers son enfant. C'est l'averse.
Elle attrape la main de son fils, lui couvre très rapidement la tête avec son foulard, et ils courent s'abriter
à quelques métres sous un grand chêne.
La mère tremper s'assoit à côté de son fils. L'enfant regarde ses cheveux mouillés, les gouttes d'eau qui perlent sur son visage et qui font couler un léger
maquillage.
Elle observe plus loin en contrebas un homme qui travaille au champs.
La mere
Regarde ton père, Vassilliev !
Quant on a pas l'argent, il reste la
terre ! C'est la nature des choses, Vassilliev, tu t'occupes de la terre, et elle te remercie... Elle est généreuse.
Cette pluie, tu penses qu'elle dérange, qu'elle attire les corbeaux dans le ciel, mais mon petit, c'est une bénédiction !... Elle nourrit ta mère
!
Il faut se cultiver ensemble, l'un ne pousse pas sans l'autre.
Il faut cultiver la vie Vassilliev. Le bonheur est le fruit d'un partage, n'oublie pas cela !
4 - la cuisine. Int.jour.
Une lumière matinale passe par la fenêtre ouverte et inonde la cuisine. Un grand calme.
La théière et une tasse vide sont posées sur la table.
5- Le bord de mer. ext.JOUR.
Le vieil homme longe le bord de mer et ramasse sur le sable les quelques ordures amenées par la mer.
6- le jardin. exT.JOUR.
Vassilliev revient de la plage avec son baluchon plein d'ordures, il franchit le petit muret en granit qui borde le jardin de sa maison, se dirige vers la
poubelle et vide le sac.
Puis il disparaît derrière la maison...
6 BIS- le jardin/ le jeune pommier. Ext.jour.
Derrière sa demeure, un jardin clos où poussent quelques plantes et arbustes.
Un petit coin de nature préservé.
Sur le bord du jardin un jeune arbre sans feuilles semble mort.
Le vieil homme s'assoit à côté du tronc , le regard bas, extatique. Une petite voix d'enfant au loin... Il semble s'éveiller et tendre l'oreille vers la
voix.
La voix d'enfant
Vassilliev, Vassilliev, Vassilliev t'es où ?
VASSILLIEV
Vy davol'ny ! (je suis heureux !)
Il se lève, et amusé, part en sautant comme s'il jouait au jeu de la marelle
VASSILLIEV
Perlinpinpin, turlututu, soinsoin ...
7- devant la porte d'entree. EXT.JOUR.
La jeune femme de la photo, sa fille Catherine, et son petit-fils Louis l'attendent devant la porte d'entrée.
Vassilliev arrive précipitamment, le sourire aux lèvres.
VASSILLIEV
J'arrive, j'arrive ma fille !
Alors, comment il va mon petit homme
?
Il s'avance pour aller les embrasser...
CATHERINE
Tu n'as toujours pas de sonnette ?
Il faut la faire réparer papa,
que tu entendes si quelqu'un vient te rendre visite ! Tu devrais avoir une aide à domicile maintenant !
Vassilliev ne répond pas et compatis juste d'un petit hochement de tête.
Il fait un pas pour embrasser sa fille... Le portable de Catherine se met à sonner.
Le vieil homme recule et va prendre Louis dans ses bras.
VASSILLIEV
Alors Mousse le voyage s'est bien passé, la mer n'était pas trop agitée ?
LOUIS
Non, Grand-père ! J'ai juste étais un peu mouillé parce que une vague est passée par dessus bord. Mais j'ai pas eu peur
!
Vassilliev regarde sa fille avec un agacement contenu.
CATHERINE (en ligne)
Ecoutes on verra ça avec l'avocat !
Tu n'oublies pas de m'envoyer
l'argent pour le petit... Tu m'as appeler hier soir ? J'étais avec mes amis du boulot... Ecoutes, non je ne t'ai pas rappelé, je suis occupée ! Pas toi ? Bon tu m'excuseras mais j'ai peu de
temps. On se rappelle Patrick ! Et au fait, tu as arrêté tes anxiolytiques, j'espères ? Moi, ça va, ça va !...J'ai décidé de faire du sport... Bon tu
me rappelles demain ! Et, tu n'oublieras pas d'acheter s'il te plaît le Manga pour Louis ? Le titre ? Eh,
tu crois que je me souviens de tout, tu ne l'as pas noté ? Je ne suis pas sur Paris. Faut que je pense à tout, c'est plus possible... Bon, à plus
!
Vassilliev approche de nouveau de sa fille et s'apprête à l'embrasser... Catherine, dans ses pensées, sort nerveusement son paquet de cigarette et s'en
allume une.
VASSILLIEV
Bon, tu finis ta cigarette ! Nous, on va se boire un chocolat chaud avec Louis !
LOUIS
Avec du chocolat Nestlé 86 % ?
VASSILLIEV
Avec du bon chocolat, mon gars !
Ils entrent et disparaissent à l'intérieur, tandis que Catherine fume nerveusement sa cigarette sur le perron et finit par jeter son mégot à côté du
paillasson.
8 - LA CUISINE. INT.JOUR.
Vassilliev boit une tasse de thé et Louis un chocolat chaud. Catherine entre. Louis lève la tête, le chocolat
lui dessine des moustaches.
Elle s'assoit à côté de son fils. Puis fait une grimace quand elle aperçoit le godemiché posé en face, sur le buffet. Elle reste figée, ahurie, un court
instant.
Et se tourne brusquement vers Vassilliev.
CATHERINE (agressive et chuchotant)
Qu'est-ce que c'est que ça ?
VASSILLIEV
C'est un Totem !
CATHERINE
Tu n'as pas honte ? Le petit ...
VASSILLIEV
Il se dresse vers le ciel, avec force et conviction... il représente notre nouveau messie.
CATHERINE
Papa ?
VASSILLIEV
Mais si, je t'assures ! Il porte le message du chacun pour soi, du plaisir coûte que coûte, du plaisir solitaire, du
plaisir qui s'achète, que l'on nous vend, pour mieux nous isoler, nous frustrer cent pour cent. Ah, la grande solitude....
CATHERINE
Mets-le ailleurs, s'il te plaît !
Je ne veux pas savoir d'où ça vient
?
VASSILLIEV
Cela vient de votre monde ! Je l'ai ramassé sur le bord de la plage. Votre monde déborde de saletés , et dépose ses ordures
sur mes côtes.
Chaque jour, je me dis que mon île disparaît.
LOUIS
Maman, j'ai envie d'aller aux toilettes !
Catherine conduit Louis rapidement jusqu'aux toilettes. Et elle revient.
VASSILLIEV
Bon, sinon, comment tu vas ma fille ?
CATHERINE
Ca va ! Ca va ! Je passe mes journées à courir entre mon boulot, l'école, la nourrisse, son père, et
l'avocat.
VASSILLIEV
Je l'aimais bien, moi, Patrick !
CATHERINE
Moi aussi, je l'aime bien, je l'ai aimé... Mais forcée de constater qu'au bout de deux ans de vie commune, il ne tenait pas la route. Nous avions eu de
longues discussions, et pour lui aussi nous notre histoire était trop compliquée. On avait pas les mêmes ambitions... Aujourd'hui je ne préfère plus
m'engager, mais profiter juste de moments volés, à la rigueur, des aventures...
VASSILLIEV (pas du tout convaincu)
Hum, hum !...
Il se saisit de l'objet sur le buffet et le temps à Catherine.
CATHERINE
Qu'est-ce que tu fais ?
VASSILLIEV
Je te le donne !
Catherine rougit de colère.
VASSILLIEV
Je te le tends pour aller le jeter dans la poubelle, là, juste à côté de toi, sotte !
Louis revient à son tour.
VASSILLIEV
Louis, je vais arroser les plantes dans le jardin. Tu viens avec moi ?
LOUIS
Et maman ?
CATHERINE
Non, je vais rester au chaud dans la cuisine !
Mais vas-y mon grand
!
LOUIS
D'accord !
Ils sortent da la pièce.
9 - Le jardin. eXT.JOUR.
Le vent souffle. Le vieil homme courbé pose lourdement son arrosoir trop rempli sur l'herbe à côté de l'arbre mort. Louis est agrippé au grillage et regarde
plus loin la mer agitée.
10- la cuisine. InT.JOUR.
Catherine ouvre un des tiroirs du buffet et en sort une boite à chaussure. Elle la pose sur la table et l'ouvre. Des photos de famille y sont soigneusement
rangées.
Elle les découvre une à une : Vassilliev jeune, Vassilliev et son épouse Ana, Catherine enfant, Catherine
enceinte, Catherine et Patrick, la mère de Vassilliev, puis son père. Un paysage de Moscou, un Pic-nic au bord d'un étang.
Et au fond, une enveloppe décacheté avec un timbre russe. Catherine saisie la lettre qui est signée Ana, sa mère. Une lettre d'amour destinée à son père
:
"Mon amour, mon homme,
Depuis que j'ai due quitter Moscou, je ne penses qu'à toi, je repenses à nos premières rencontres, à nos
nuits dans notre petite chambre sans meubles, à nos longues discussions, nos rêves, nos idéologies, et aussi nos violentes disputes... Notre amour difficile mais qui à pu se construire, plein de
bonne volonté, et aussi de mon désir de partager avec toi, mon homme, mes joies, et mes tristesses. Aujourd'hui, seul, je sais que ton corps me
manque, qu'il m'habite, et que nous devrions vivre ensemble pour des jours heureux. Si tu le veux bien ?
Je t'aime, tout simplement ! Et je n'ai besoin d'aucune preuve quant à ce sentiment...."
Catherine continue à lire la suite en russe.
"... Signé, ton épouse dévouée, Ana."
Le visage de Catherine semble ému.
11- Le jardin. Ext jour.
Vassilliev arrose le jeune arbre mort. Louis est assis à côté.
LOUIS
Il va pousser, il aura des feuilles ?
VASSILLIEV
Ce jeune arbre va mal ! Tous les jours je l'arrose. Et tout les jours je lui parle. Certain l'auraient déjà
déraciné.
Louis, il faut y croire ! C'est cela le secret mon enfant ! Il faut y croire ! Et je l'espères, demain il ira mieux, il pourra revivre, et grandir encore.
Le vieil homme arrose l'arbre lentement.
LOUIS
Tu ne vas pas déménager grand-pére ?
VASSILLIEV
Pourquoi me dis-tu cela ?
LOUIS
Maman, m'à dit que tu pensais quitter l'île !
VASSILLIEV
Jamais de la vie, mon petit ! J'y tiens à mon bout de terre...
On entend au loin la voix de Catherine qui les appelle.
CATHERINE (OFF)
Vous êtes prêt, on va être en retard... On doit y aller !
12- la mer. EXT.JOUR.
La mer s'agite.
13- FLASH BACK / le couloir d'une maison de retraite.
Un couloir blanc, froid, avec des grandes fenêtres tous le trois métres au long du mur
gauche.
VASSILLIEV (OFF)
Ana , mon amour ! Je n'aurais pas due accepter... Ils n'avaient pas le droit de te faire ça, de t'emmener sans ton
consentement. De t'éloigner de ta maison, de ton jardin, de ta mémoire...
Une vielle femme dans une longue chemise de nuit blanche, légèrement transparente avec la lumière blafarde passant par les fenêtres, avance, le regard fixe,
extatique, les bras tendus vers l'avant.
VASSILLIEV (OFF)
Quand je t'es vue dans ce camp de retraite, tu avais déjà perdu ton identité, tu n'étais plus rien, et je pense, tu
attendais la mort, tellement.... La fin de toute façon allait arriver ? Pourquoi donc ne pas t'avoir laissée vivre jusqu'à la fin
?
ANA
Vassilliev, Vassilliev, la nuit tombe, apporte moi une bougie.... Je veux rentrer à Moscou.
Ana marche les bras tendus jusqu'au bout du couloir blanc.
14- la plage/ mer agitée. EXT.JOUR.
Louis court sur le sable en criant sa joie.
LOUIS
Regarde maman, je cours plus vite que la mouette !
15- La Mer agitée. EXT.JOUR.
Vassilliev et Catherine sont hors-champs, ils longent la mer sombre et agitée
CATHERINE (OFF)
Je vois Louis, je vois !
VASSILLIEV (off)
Il est infatigable, ce petit !
CATHERINE (OFF)
Papa, je voudrais engager avec toi une discussion un peu plus sérieuse !
VASSILLIEV (OFF)
Comment ? Je ne suis pas sérieux ?
LOUIS (off, au loin)
Papi, papi, regardes ! Je suis sur le rocher, là bas !
CATHERINE
Ce n'est pas raisonnable à ton âge de vivre isolé sur cette île. Je me fais du souci pour
toi.
VASSILLIEV
Tu n'as pas à te faire du souci, je vais très bien, je vie très bien mon troisième âge, merci !
CATHERINE
Il peut arriver n'importe quoi, personne à proximité ne pourrait te venir en aide, et si ta maladie
empirait...
Catherine et Vassilliev rentrent dans le champs, et stoppent leur marche face à la mer.
VASSILLIEV
Tu veux qu'elle empire ? Je te dis que je suis heureux comme ça donc... Si je te manque, tu peux venir me voir d'avantage
ma fille !
CATHERINE
Je veux que tu ailles en maison de retraite ! j'ai placée de l'argent pour que tu puisses avoir une place comme les autres
vieux, sans te soucier des contraintes financières...
VASSILLIEV
Je te gène ?
CATHERINE
Je veux que tu sois en sûreté ! Penses à maman, si elle était restée, tu as vue comment sa santé a déclinée, en si peu de
temps.
VASSILLIEV
Vous êtes arrivés, la navette va amarrer.
Catherine et Vassilliev sont de nouveaux en hors-champs, on ne voit plus que la mer.
VASSILLIEV
Pars !!
La mer se retire et laisse derrière elle une écume, et une mousse blanche.
16- La cuisine. int. soirée
Vassilliev est assis sur une chaise, prostré. Il tousse sans interruption. Un temps.
Le vieil homme redresse la tête en direction de la fenêtre . Une légère lumière scintille dans ses yeux.
17- le couloir de la maison de retraite. int.jour.
Ana en chemise de nuit blanche,transparente, longe le couloir. Son visage et son corps au fur et à mesure se transforme jusqu'à retrouver son vieil âge. Elle
tend les bras vers l'avant et continue à avancer.
ANA
Mon enfant, Catarina ?...
Mon enfant,
ne vois tu pas au delà. Au delà, au delà...
Puis poursuit en russe.
Elle passe devant une des fenêtres qui s'ouvre brusquement, un coup de vent, un flot de lumière...
VASSILLIEV ( voix off qui résonne avec le son de la mer en son ambiant)
Pars !!!
Ana continue à marcher droit devant, les bras tendus, et soudain Vassilliev apparaît à l'autre bout du couloir,
à quelques métres, et la rejoint bras tendu, également habillé de blanc. Leurs corps s'imbriquent l'un à l'autre.
Fin.